Masculin-Féminin. Où en sommes-nous?

20 Tenaille Butel,faisons l'homme et la femme à notre image L'ancien testament-Texte de Marie Tenaille, Illustré par Lucile Butel  Editions Gautier Languereau 1989-
20 Tenaille Butel,faisons l’homme et la femme à notre image

Ce texte est le compte-rendu de la conférence donnée par Michèle Jeunet, à partir de son livre « Masculin-Féminin. Où en sommes-nous ».

Le livre est disponible aux éditions Books on Demand, www.bod.fr

Le livre dont je vais parler a d’abord été un mémoire de master en théologie soutenu au Centre Sèvres, les facultés jésuites de Paris.

J’aimerai commencer par vous dire ma gratitude aux jésuites d’avoir accepté que je le soutienne, car vous le sentez bien, c’est un sujet brûlant.

Ma gratitude redouble envers Etienne Grieu, …qui m’a encouragé à le publier et m’a proposé d’en faire la préface.

Choisir ce thème du masculin-féminin a plusieurs raisons.

– la conscience aigüe que le discours et la pratique concernant les femmes dans l’Eglise catholique romaine est une des causes de la déchristianisation. ( Etudes de janvier 2011 Joseph Moingt : la femme et l’avenir de l’Eglise p 67)

On a pu parler de la perte de la classe ouvrière, on peut parler de la perte d’un nombre important de femmes. Le pic de l’hémorragie ayant été provoqué par la publication d’humanae vitae.

-il y a donc un problème entre l’Eglise catholique et les femmes ! Ce problème se focalise sur l’obstination à exclure les femmes des ministères. Ce n’est pas l’unique problème mais c’est le problème source de toute une conception du féminin et de masculin.

Mon livre n’a pas voulu aborder ce problème de front mais de chercher les racines de cette exclusion et d’un modèle féminin qui n’est plus audible dans des sociétés marquées par la modernité.

Pour cela je me suis plongé dans une lettre encyclique peu connue qui a pour titre Mulieris dignitatem. Elle date de 1988 sous la signature de JP II. Elle mérite d’être lu car on y découvre des prises de positions on pourrait dire libératrice pour les femmes et d’autres qui continuent de les enfermer dans un stéréotype. L’hypothèse de deux auteurs n’est pas à exclure !

L’un qui a voulu au maximum correspondre à la modernité des rapports h/F en les fondants sur une interprétation renouvelée de textes bibliques. Et c’est heureux !

L’autre continuant de pratiquer une lecture fondamentaliste d’autres textes bibliques et une symbolique pour justifier l’exclusion des femmes des ministères. Et c’est malheureux !

Je suis très critique sur cette encyclique, ce sera la 2ème partie de mon intervention de ce soir.

Mais il me semble important de pointer dans un premier temps ces aspects innovants car on peut s’en servir pour contrer le sexisme.

*Le fameux texte des Ephésiens sur la soumission de la femme au mari est expliqué dans cette Lettre par le contexte social du temps de Paul. Cette lettre nous dit qu’ il faut l’interpréter  comme une soumission réciproque. Je cite :

Le défi de l’ethos de la Rédemption est clair et définitif. Toutes les motivations de la soumission de la femme à l’homme dans le mariage doivent être interprétées dans le sens d’une soumission réciproque.

*Pour cette lettre encyclique, le texte de Gn 1 : « homme et femme à l’image de Dieu » est la parole biblique fondatrice pour penser le rapport h/f.

Elle fonde théologiquement les points suivants au chapitre 3 qui a pour titre « Image et ressemblance de Dieu ».

C’est une affirmation très forte de la dignité égale de l’homme et de la femme car tous deux sont créés à l’image de Dieu.

« Le texte biblique fournit des bases suffisantes pour que l’on reconnaisse l’égalité essentielle de l’homme et de la femme du point de vue de l’humanité »

Cette égalité se décline sous plusieurs aspects:

-L’homme et la femme possèdent une commune humanité :

Tous les deux sont des êtres humains, l’homme et la femme, à un degré égal tous les deux.

-Ils ont une commune vocation à la domination de la terre et une origine commune.

Le Créateur confie la domination de la terre au genre humain, à toutes les personnes, à tous les hommes et à toutes les femmes, qui puisent leur dignité et leur vocation dans leur origine commune.

-Ils possèdent en commun le statut de personne humaine :

L’homme est une personne et cela dans la même mesure pour l’homme et pour la femme.

-Leur relation est régi par la réciprocité

« Il n’est pas bon que l’homme soit seul » ( Genèse 2 verset 18 )

n’est pas compris comme s’adressant seulement au masculin mais aussi au féminin, visant l’unité des deux. Il est question d’une

« relation réciproque de l’homme à l’égard de la femme et de la femme à l’égard de l’homme. »

Et l’aide dont parle Genèse 2, 18-25 n’est pas non plus interprétée à sens unique : l’une et l’autre sont aides mutuelles au service de la découverte et de la confirmation de leur humanité :

La femme doit aider l’homme et en même temps l’homme doit aider la femme…il s’agit d’une aide des deux côtés et d’une aide réciproque.

-Leur commune humanité est voulue pour elle-même par Dieu :

L’homme -homme et femme- est le seul être parmi les créatures du monde visible que Dieu créateur ait voulu pour lui-même 39

-Homme et femme sont image de Dieu

Cette anthropologie de l’égalité homme-femme se fonde sur la théomorphie, c’est-à-dire sur la création de l’humain, homme et femme, à l’image de Dieu . Ce chapitre est d’une totale clarté, C’est le thème de l’image qui est fondement de tout ce passage, et fonde l’égalité de l’homme et de la femme. Cette image de Dieu dont ils sont porteurs tous les deux, est la caractéristique essentielle de l’être humain, homme et femme, personne à l’image du Dieu personnel, et en ce sens semblable à Dieu.

-Dieu peut se dire au féminin

Tout ce discours novateur permet même d’ouvrir à une autre représentation de Dieu. En allant jusqu’au bout de sa logique, l’égalité fondée sur une commune théomorphie permet de concevoir Dieu sous des traits non seulement masculins mais également féminins.

Dans l’ensemble du corpus biblique, ces images sont en majorité masculines. Mais cette lettre encyclique fait remarquer qu’il y en a de féminines. Par exemple le livre d’Isaïe, au chapitre 49 verset 14 à 15, où Dieu est comparé à une femme qui n’oubliera jamais ses enfants et Isaïe 66 verset 13, comme une mère qui console.

Si la lettre encyclique s’était arrêtée là, c’était un vrai progrès.

Mais non seulement il y a une suite qui est désastreuse mais il y a d’abord une première critique à faire et elle est de taille.

Les personnes peu au fait de l’histoire de la pensée chrétienne depuis 2000 ans pourrait penser en lisant cette première partie de la lettre que l’Eglise catholique a toujours eu ce langage. Mais il n’en est rien.

Cette lettre peut être considérée comme une rupture avec le discours qui a dominé pendant 20 siècles.

Heureuse rupture donc et qui permet de dire que le discours peut changer et pourra encore changer.

Pour mesurer l’ampleur de cette rupture, je vous propose quelques flashs :

*Un texte du Droit canon

La femme ne serait pas image de Dieu dans l’ordre de la création. Adam est le premier homme exemplaire. Eve est secondaire parce que dérivée. Le couple originel est le prototype de tous ceux à venir, chaque « vir » (mot latin pour le masculin) héritant de la primauté d’Adam et chaque « mulier » (mot latin pour dire le féminin) héritant de la dépendance d’Eve.

qu’elle soit image de Dieu, ce qui est absurde. De quelle façon en effet peut-il être dit de la femme qu’elle est image de Dieu, elle qu’on constate soumise à la domination de l’homme et n’avoir nulle autorité ? En  effet, elle ne peut ni enseigner, ni être témoin, ni dire la foi, ni juger et encore moins commander ! 8  L’homme en effet a été fait à l’image de Dieu, et non la femme. 9

Le voile de la femme était considéré comme un signe de sa subordination en tant que non-théomorphe.

C’est pourquoi la femme doit se voiler la tête parce qu’elle n’est pas image de Dieu et doit se montrer soumise 10

*St Augustin

La femme avec son mari est image de Dieu, de sorte que la totalité de cette substance humaine forme une seule image ; mais lorsqu’elle est considérée comme l’auxiliaire de l’homme – ce qui n’appartient qu’à elle seule – elle n’est pas image de Dieu ; par contre l’homme, en ce qu’il n’appartient qu’à lui, est image de Dieu…17

Dans la pensée d’Augustin, on voit donc que, associée à l’homme, la femme est image de Dieu. Mais l’homme n’a pas besoin de la femme pour l’être. Il l’est en lui-même, image parfaite, entière. Et la raison de la non-théomorphie de la femme sans l’homme, c’est son statut d’auxiliaire.

*St Thomas

…pour ce qui est de certains traits secondaires, l’image de Dieu se trouve dans l’homme d’une façon qui ne se vérifie pas dans la femme ; en effet, l’homme est principe et fin de la femme, comme Dieu est principe et fin de toute la création. Aussi, une fois que St. Paul eut dit : L’homme est l’image et la gloire de Dieu tandis que la femme est la gloire de l’homme, il montra la raison pour laquelle il avait dit cela en ajoutant : Car ce n’est pas l’homme qui a été tiré de la femme, mais la femme de l’homme, et ce n’est pas l’homme qui a été créé pour la femme, mais la femme pour l’homme. 19

*St Bonaventure

Le sexe masculin est nécessaire pour la réception des Ordres… car nul ne peut recevoir les Ordres s’il n’est image de Dieu, parce que dans ce sacrement la personne humaine devient d’une certaine manière Dieu 33 ou divine, puisqu’elle devient participante au pouvoir divin. Mais c’est l’homme qui est, en raison de son sexe, Imago Dei, comme il est dit dans le chapitre 11 de la 1ère lettre aux Corinthiens. Il est donc impossible à une femme d’être ordonnée. 26

*pape Pie XI, Casti connubii. C’est une bonne illustration de la doctrine classique qui a prévalu jusqu’au Concile Vatican II.

…La société domestique ayant été bien affermie par le lien de cette charité, il est nécessaire d’y faire fleurir ce que saint Augustin appelle l’ordre de l’amour. Cet ordre implique et la primauté du mari sur sa femme et ses enfants, et la soumission empressée de la femme ainsi que son obéissance spontanée, ce que l’Apôtre recommande en ces termes : Que les femmes soient soumises à leurs maris comme au Seigneur; parce que l’homme est le chef de la femme comme le Christ est le Chef de l’Eglise. 28

Pour ce qui regarde la structure même de la famille et sa loi fondamentale établie et fixée par Dieu, il n’est jamais, ni nulle part, permis de les bouleverser ou d’y porter atteinte.

*En 1880, une autre encyclique avait abordé le même thème :

L’homme est le prince de la famille et le chef de la femme; celle-ci, toutefois, parce qu’elle est, par rapport à lui, la chair de sa chair et l’os de ses os, sera soumise, elle obéira à son mari, non point à la façon d’une servante, mais comme une associée ; et ainsi, son obéissance ne manquera ni de beauté ni de dignité. Dans celui qui commande et dans celle qui obéit – parce que le premier reproduit l’image du Christ, et la seconde l’image de l’Eglise, – la charité divine ne devra jamais cesser d’être la régulatrice de leur devoir respectif. 31

Je termine par ces citations pour bien montrer la rupture que MD instaure par rapport aux encycliques précédentes :

Non théomorphie de la femme, soumission dans le plan de Dieu, statut d’auxiliaire

J’en viens maintenant à la 2ème partie de la lettre encyclique qui est extrêmement malheureuse pour les femmes. S’il faut résumer en une formule, on peut dire :

Le masculin du côté du divin et le féminin du côté de l’humain

enfermement du féminin dans des stéréotypes très étroits

 

1-D’abord : masculin du côté du divin et le féminin du côté de l’humain

*Le masculin du côté du divin puisque le Christ est un époux au masculin

Pour étayer cette idée fondamentale, la lettre s’appuie sur la permanence biblique à présenter Dieu comme un époux et Israël comme son épouse dans l’Ancien Testament.

l’amour de Dieu pour son peuple, semblable à celui d’un époux, exprimerait la qualité sponsale de cet amour qui ne pourrait être que masculine.

Christ est l’époux et par là s’exprime la vérité sur l’amour de Dieu qui a aimé le premier. Un époux qui, en s’incarnant, est devenu vrai homme au masculin. « Le symbole de l’époux est donc du genre masculin ».[1] C’est par ce symbole masculin que Dieu exprime son amour.

Elle met les hommes seuls du côté de l’époux puisqu’ils ont le sexe de l’époux. Et cela permet de justifier l’assymétrie du masculin et du féminin dans la célébration de l’Eucharistie.

Si le Christ, en instituant l’Eucharistie, l’a liée d’une manière aussi explicite au service sacerdotal des Apôtres, il est légitime de penser qu’il voulait de cette façon exprimer la relation entre l’homme et la femme, entre ce qui est « féminin » et ce qui est « masculin », voulue par Dieu tant dans le mystère de la Création que dans celui de la Rédemption. Dans l’Eucharistie s’exprime avant tout sacramentellement l’acte rédempteur du Christ-Epoux envers l’Eglise-Epouse. Cela devient transparent et sans équivoque lorsque le service sacramentel de l’Eucharistie, où le prêtre agit « in persona Christi », est accompli par l’homme. [2]

*le féminin du côté de l’humain et Marie en est l’essence

Pour la lettre encyclique, Marie est  l’archétype de la dignité de la femme.

En Marie « on retrouve la femme  telle qu’elle fut voulue dans la création et donc dans la pensée éternelle de Dieu, au sein de la très sainte Trinité. Marie est le nouveau commencement de la dignité et de la vocation de la femme, de toutes les femmes et de chacune d’elles… [3]

*Conséquences inégalitaire d’une symbolique allégorisante

Pour cette lettre le Xt n’est pas comme un époux, simple image pour dire une fidélité. Non, il EST époux  identification terme à terme du Christ à l’époux,

Cette symbolique allégorisante se décline ainsi :

Adam de sexe Masculin= Christ nouvel Adam = époux = principe masculin = les hommes concrets ;

Eve= Marie nouvelle Eve = épouse et mère = principe féminin= les femmes concrètes.

Avec cette symbolique allégorisante, le féminin et donc toutes les femmes, ne peuvent qu’être dans une position seconde, réceptrice, uniquement du côté de l’humain, tandis que le principe masculin et donc tous les hommes se voient attribuer la position première, initiatrice, ayant part à la dimension divine du Christ.

Nous avons vu qu’il y a bien  rupture avec une anthropologie inégalitaire des sexes dans cette lettre encyclique. Mais l’inégalité est réintroduite dans la symbolique allégorisante du mystère de l’Eglise. Dans ce mystère, le féminin est remis à une place inégale.

*Critique

Le lien entre  Eve et Marie est présentée comme le mystère de la femme et il est situé face au  lien Adam/Christ dont on dit qu’il est mystère du Christ. Cela veut  dire que la typologie Adam/Christ dit le mystère de l’homme masculin et uniquement lui

Le Christ et Marie sont des modèles pour tout humain qu’il soit femme ou homme. Bien sûr le sexe de Marie est féminin et le sexe de Jésus en son humanité est masculin. Mais la foi a tenu que l’Incarnation assumait tout l’humain. C’est un enjeu de salut, selon l’adage classique que ce qui n’est pas assumé, n’est pas sauvé.[4] Le credo nous fait dire : homo factus est et non pas vir factus est. Il faut donc penser qu’en assumant la nature humaine sous sa limite inévitable d’un sexe et non de l’autre, ce sont les humains des deux sexes qu’il assumait et sauvait.

Les liens Eve/Marie et Adam/Christ tels que le pense Mulieris dignitatem sont dangereuses pour les femmes. Car ils rétablissent une hiérarchie : le féminin serait tout entier du côté du créé, de l’humain; le masculin par son union au Verbe serait seul à être uni à Dieu.

Pour contrer cette pensée, Il faut donc continuer à dire et à tenir que le Christ est le modèle et  le nouveau commencement de la dignité et de la vocation de tous les humains, femme et homme, de toutes les femmes et de tous les hommes, de chacune d’elles et de chacun d’eux.

Au n° 11 de la lettre, le fait de situer aussi Marie modèle du féminin, sans faire du Christ aussi le modèle des femmes, réintroduit une hiérarchie qui peut être légitimement interrogée y compris au niveau de sa justesse doctrinale.

Par l’incarnation c’est la nature humaine qui est assumée, ce qui fait que les femmes, comme les hommes, sont uni-es à lui. Par le baptême, des êtres humains, hommes et femmes deviennent d’autres « Christ », sont configurés à lui.[5] On peut donc regretter que cette dimension baptismale qui configure au Christ les femmes comme les hommes soit  absente de la lettre.

2-Un enfermement du féminin

*dans une vocation d’épouse et de mère

La vocation de la femme est d’être épouse et mère. Donc si on réfléchit, elle n’est pas pensé pour elle-même mais pour son mari en étant épouse et pour son mari en étant mère des enfants de son mari

Le magistère romain a cru bon d’écrire une lettre encyclique sur la femme qui a pour titre Mulieris dignitatem. Mais il n’existe pas jusqu’à présent un document similaire qui aurait pour titre Viri dignitatem. Pourquoi ?

Parce que dans cette pensée, ce qui serait dit de l’homme masculin (viri), ne pourrait être que l’équivalent de l’humain (homo). Un texte sur la femme (mulier), devant l’absence d’un texte sur l’homme masculin, dit, de fait, que le masculin continue d’être pensé par le magistère romain comme générique de l’humain, sans particularité,  et que seul le féminin en comporte, la particularisant, l’incluant tout en le mettant à part et la pensant, non pour elle-même mais pour l’homme masculin.

* en posture de réceptivité

Pour cette lettre encyclique, la position d’épouse serait  la vérité sur la femme. L’époux est considéré comme celui qui donne et l’épouse celle qui reçoit. L’épouse est aimée et reçoit l’amour pour aimer à son tour.  Il s’agirait d’un universel fondé sur le fait d’être femme. La femme aurait  donc reçu mission d’être prophète de cette attitude de réceptivité de l‘amour, « être aimé »,  qui, dans la Vierge Marie trouverait son expression la plus haute.

Cela induit une dimension passive de Marie comme figure des femmes. Cela la met et les mets du côté de la réceptivité d’une action dont elles n’ont pas l’initiative.

Ceci est légitime pour l’attitude de foi comme accueil par le croyant d’une grâce qui lui vient de Dieu. Cela ne l’est pas si on en fait le paradigme du féminin et cela n’est pas recevable dans une anthropologie qui reconnait aux femmes une identique posture d’initiative.

*en femme éternelle

Comme pour d’autres encycliques ayant pour thème la sexualité, le biologique[6] est une donnée normative, donc statique. Il y aurait un ordre de la nature qui est destin pour la femme. Cela pouvait se comprendre dans les situations historiques passées où l’espérance de vie ne dépassait guère 40 ans, où la multiplication des naissances se justifiait par une très grande mortalité. Cela n’est plus la réalité pour une part importante de femmes dans le monde d’aujourd’hui. L’horizon vocationnel des femmes en France, par exemple, ne se réduit pas à être épouse et mère, comme par exemple l’investissement dans le travail professionnel, l’accession (en pratique, non sans difficultés et  sinon en théorie)  à tous les postes de responsabilités dans la société civile. La créativité des femmes n’est maintenant plus limitée à la seule maternité, elles peuvent s’épanouir dans tous les domaines du politique, de l’économique, du social, du culturel …Tous ces domaines demandent autant de qualités d’initiative que de réceptivité, ils ne se vivent pas selon le schéma de la lettre encyclique fondée sur un don au masculin et l’accueil du don au féminin) mais selon une réciprocité où chacun donne et reçoit sans prééminence.

La soi-disante réceptivité féminine ne serait-elle alors signifiante que pour la symbolique ecclésiale ?  Dans ce cas, pourquoi  y aurait-il posture d’initiative dans ce qui est de l’ordre humain et seulement posture de réceptivité dans le domaine ecclésial ?

Cela reviendrait à penser une double anthropologie contradictoire.

*dans une conception statique de la révélation

Il n’est pas légitime, à partir du donné de la foi d’un sauveur masculin né d’une femme, vierge et mère, d’en tirer une anthropologie du masculin et du féminin.

Il fut un temps où l’on tirait de la Bible une cosmologie, ce qui, à l’époque moderne,  a introduit le conflit entre science et foi. C’est la même contestable démarche qui anime cette Lettre encyclique dangereuse pour les femmes mais également pour la crédibilité du magistère romain. Le magistère romain a renoncé à fondé bibliquement une cosmologie. Le temps n’est plus à la défense d’une création en sept jours.

De même, il n’est plus possible de chercher dans la Bible une anthropologie révélée du masculin et du féminin, qui dirait de toute éternité ce qu’est une femme, ce qu’elle doit être et rester. La lettre encyclique relève de ce mode de pensée. Elle ne peut être reçue par les femmes qui luttent pour ne pas être enfermées dans des stéréotypes qui les empêchent de développer toutes leurs potentialités humaines.

La Révélation se situe au niveau du sens de l’existence, d’une anthropologie fondamentale, d’un être humain à l’image de Dieu, aimé et capable d’aimer, digne de respect. Cette anthropologie  dit le sens de l’existence humaine et son orientation vers Dieu mais elle n’offre pas une anthropologie particulière, une science anthropologique révélée de ce que serait le féminin et le masculin. Cette anthropologie particulière est à bâtir par l’expérience de tous et de toutes, chrétiens ou non.

Comment sortir de cet enfermement ?

C’est ce que j’ai essayé de faire dans la 2ème partie de mon livre.

1-Elle peut être dépassée par d’autres interprétations de la figure d’Adam. Malheureusement, cette lettre encyclique ne remet pas en cause  la lecture classique d’Adam masculin. Cela lui permet de fonder une typologie de continuité entre Adam-Christ-homme masculin et le sacrement de l’ordre réservé à l’homme masculin, ceci face à une typologie Eve- Marie-femme et une vocation pour celle-ci qui l’exclurait de ce sacrement dans un projet de Dieu-fondant une vocation différenciée conçue de toute éternité car relevant d’une ontologie.

Une autre lecture de l’Adam de la Genèse permet donc d’interpréter autrement la typologie Adam- Christ. Adam figure de l’humain-Christ, où pour l’un comme pour l’autre, le féminin est inclus. Ceci remet en cause l’utilisation de cette typologie par la lettre encyclique.

S’il a un livre à lire dans ce sens qui remet bien les pendules à l’heure, c’est celui du bibliste André Wénin : D’Adam à Abraham où les errances de l’humain.

Jeudi 9 février, on va encore entendre le texte de la Genèse à la messe

Le commenter…

Et le lendemain on va entendre un texte qui plombe les femmes : initiatrice du mal en mangeant le fruit

Et là Lytta Basset nous permet de comprendre que dans ce texte de la Genèse il y a du péché mais c’est celui d’une société patriarcale qui invente ce texte car le féminin est vécu comme un danger. Ce texte traduit le sexisme dont sont victimes les femmes.

Et de manière plus générale sortir définitivement d’une lecture fondamentaliste de la Bible.

2-Elle peut être dépassée par une conception iconique de la vérité de la révélation qui fait droit à l’histoire, à une vérité qui se cherche et se trouve dans des crises surmontées qui se cherche et se trouve dans sa capacité à être libératrice, à communiquer une bonne nouvelle et à être humanisante pour tous et toutes. et non dans une vérité donnée de toute éternité dans un texte figé, et non pas une carrière de normes.

Et là je vous invite à vous plonger dans un 2ème livre, difficile mais qui ouvre à la liberté de penser

Qu’est-ce qu’un dogme du jésuite Segundo

3-Elle peut être dépassée par une anthropologie qui refuse d’enclore la différence dans un savoir. Homme et femme, image de Dieu sans image donc sans représentation, sans discours qui veut l’enclore dans des essences séparées.

La typologie élaborée par Mulieris dignitatem reste figée dans un éternel féminin qui ne s’est pas laissé interroger par les mutations de l’histoire, qui continue d’enfermer les femmes dans un modèle stéréotypé. Ce n’est pas une bonne nouvelle pour elles et cela apporte une justification religieuses à des mentalités, des législations qui limitent les femmes dans le plein développement de leurs capacités. Cela a aussi pour conséquence grave, la sortie de l’Eglise catholique romaine d’un nombre incalculable de femmes.

L’enjeu est d’importance, c’est celui de favoriser un christianisme qui se positionne de manière claire contre toutes les formes de discrimination, pour une libération de toutes et de tous. La manière de parler de la différence homme-femme et la manière de représenter Dieu, font partie de cette libération, soit pour la  favoriser, soit pour s’y opposer ou la freiner.

 

[1] MD 25

[2] MD 26

[3] idem

[4] ST GREGOIRE DE NAZIANCE. Ep. Ad Clédonium, Ed Migne, Patrologie Grecque XXXVII, 181c.

[5] 1 Co 12, 13 ; Ga. 3, 19

[6] Par exemple, Humanae Vitae, qui ne déclare morale que la régulation des naissances qui obéit aux processus naturels.

Week end de rentrée de la CCBF

Le week-end de rentrée  de la CCBF aura lieu les 1er et 2 octobre 2016 au groupe scolaire La Salle St Nicolas à Issy les Moulineaux.
Deux moments importants vous attendent au cours de ce week-end :
  • le samedi matin, un grand débat sur la stratégie de la CCBF pour les années à venir, ainsi qu’un partage autour de toutes les initiatives des groupes.
  • le samedi après-midi, l’évènement médiatique « Le temps des baptisés – initiatives d’avenir » avec
    • Mgr Albert Rouet, Évêque émérite, et
    • Dominique Quinio, Président des Semaines Sociales

Pour s’inscrire, télécharger le bulletin ci-dessous

Invitation2weCCBF2016

 

L’initiative islamo-chrétienne « Ensemble avec Marie » s’étend à plusieurs villes

13 Cavallini Annunciation  Annunciation 1291 Mosaic Santa Maria in Trastevere, Rome   There are seven representations decorating the triumphal arc and the wall of the apsis. The scenes are the Nativity of the Virgin, Annunciation, Nativity of Christ, Adoration of the Magi, Presentation at the Temple, Death of the Virgin, Donor in Adoration of the Virgin. These mosaics clearly demonstrate the transition from the Byzantine immobility to the style of the 14th century. The Annunciation with its architectural elements and plasticity is a good example of the stylistic changes gradually taking place in the last decades of the 13th century.    ....Web Gallery Of  Art

Source: « La Croix », 17/03/2016, Marie Malzac

Inspirée d’une initiative libanaise, la journée islamo-chrétienne « Ensemble avec Marie », à l’occasion de la fête de l’Annonciation, le 25 mars, en est à sa deuxième édition française. Après une première rencontre en 2015 à Longpont (Essonne), cette journée portée par l’association Efesia aura lieu cette année en plusieurs endroits, y compris à l’étranger, à Bruxelles et en Tunisie.

Réunir chrétiens et musulmans autour de la figure de Marie à l’occasion de la fête de l’Annonciation, citée à la fois dans la Bible et dans le Coran, célébrée le 25 mars. Un an après le succès de la rencontre islamo-chrétienne de Longpont (Essonne) , le 21 mars 2015, l’association Efesia a décidé de renouveler et d’étendre cette initiative.

L’idée est la même : se retrouver dans un climat festif lors d’une rencontre articulée autour de chants, de prières et de témoignages sur cette figure commune aux deux religions.

Pour cette édition 2016, les organisateurs ont décidé d’étendre l’événement à plusieurs endroits, outre la basilique de Longpont, dans l’Essonne (le 2 avril) : la cathédrale de Créteil (le 31 mars), l’église Notre-Dame du Liban de Lyon (le 4 avril) mais aussi la Grande mosquée de Paris (le 28 mai) accueilleront, cette année, cette initiative.

La rencontre ’’Ensemble avec Marie’’ se tiendra également à l’étranger : en Belgique, au collège Saint-Michel de Bruxelles (le 23 avril), mais aussi en Tunisie, à une date à préciser.

« Un mouvement est lancé »

« Un mouvement est lancé, nous voulons poursuivre dans cette dynamique », assure le président d’Efesia, Gérard Testard. Son association, créée en 2014, vise à promouvoir la rencontre avec des personnes et des associations d’autres cultures et religions. « Nous avons élaboré un carnet de route que nous donnerons à toutes les villes qui voudraient accueillir cette initiative, libre à chacun ensuite d’adapter le programme », explique-t-il.

Pour Younès Aberkane, ancien président des scouts musulmans de France et membre de l’équipe organisatrice, de telles rencontres sont particulièrement nécessaires en ces temps de « crise ».

À lire aussi : Prier Marie entre chrétiens et musulmans, l’idée fait son chemin

C’est au Liban que Gérard Testard et les autres membres de l’association ont puisé leur inspiration. En 2007, une grande fête islamo-chrétienne a été organisée le jour de l’Annonciation au collège jésuite Notre-Dame de Jamhour, au Liban, rediffusée en direct par Télé-Lumière et suscitant un vif enthousiasme auprès de centaines de milliers de téléspectateurs. Face à un tel engouement, les organisateurs ont renouvelé chaque année l’expérience et fait la demande au gouvernement de transformer le jour férié chrétien du 25 mars en jour férié islamo-chrétien. Ce fut chose faite en 2010.

« Dimension populaire »

« Souvent, les rencontres interreligieuses sont très institutionnelles, mais ce format a une forte dimension populaire », soutient encore Gérard Testard.

« Nous voulons passer par cette porte d’entrée spirituelle pour nous engager sur des thématiques plus sociales », poursuit-il.

Autre nouveauté : l’événement ’’Ensemble avec Marie’’ est désormais parrainé par une dizaine de personnalités musulmanes et par une dizaine d’autres, chrétiennes.

Dans ce comité de parrainage, on compte ainsi la présence de Ghaleb Bencheik, président de ’’Religion pour la paix’’, Khaled Bentounès, guide spirituel de la Confrérie soufie Alawiyya, ou encore Anouar Kbibech, président du Conseil français du culte musulman, mais aussi le cardinal Philippe Barbarin, archevêque de Lyon, Mgr Michel Dubost, évêque d’Évry et président du Conseil pour les relations interreligieuses, Mgr Maroun-Nasser Gemayel, évêque de l’Éparchie Notre-Dame du Liban de Paris, ainsi que Dominique Quinio, ancienne directrice de la rédaction de La Croix.

Lettre aux baptisé-e-s n°3

Septembre 2015

Frère Eric T. de Clermont-Tonnerre, op

Chers amis,

Nous le savons, le baptême nous « incorpore au Christ », c’est-à-dire que, par le baptême, nous devenons « membres du Christ, prêtre, prophète et roi ». Ces trois fonctions du Christ, auxquelles participe l’ensemble du Peuple de Dieu ne sont pas opposées, ni séparées. D’une manière ou d’une autre, elles doivent s’unir et s’harmoniser dans la personne du croyant, comme d’ailleurs dans l’Église, Corps du Christ.

Toutefois, il est bon, comme le fait d’ailleurs la Constitution sur l’Église Lumen gentium, dans les différents passages où elle traite de ces trois fonctions, de préciser ce que recouvre chacune d’entre elles. Je souhaite, dans cette lettre, réfléchir un instant à la fonction prophétique dont on ne parle pas si souvent, notamment pour ce qui est des baptisés dans leur ensemble.

Nous avons spontanément une idée assez simpliste du prophétisme et des prophètes. Nous imaginons volontiers ceux-ci comme des contestataires de l’institution, de ses représentants, des croyants dans leur ensemble ou de la société au cœur de laquelle ils sont poussés à élever la voix sous l’effet d’un charisme visionnaire personnel. Pour aller dans le sens de cette compréhension, on évoque souvent les grandes figures de la Bible, Moïse, Elie, Isaïe, Jérémie, Jean-Baptiste… et certaines figures de l’histoire de l’Eglise, François d’Assise, Catherine de Sienne, Martin Luther King, Oscar Romero… Certes, ces personnes ont témoigné, dans l’histoire de la Révélation et dans l’Église, de l’audace et du courage de la parole, au mépris de leur réputation et du danger, au mépris de leur propre vie. Mais il ne faudrait pas mettre tout le poids du prophétisme dans la capacité à contester et dans la pertinence de la contestation. Le véritable prophète – tels ceux que nous venons de nommer – est tout autant « attestataire » que « contestataire » ; il est peut-être d’autant plus contestataire qu’il est attestataire. Il met autant de poids dans le « oui » qu’il prononce pour affirmer ce qu’il croit et témoigner de son engagement, que dans le « non » qu’il lui faut dire face au mal et à toutes les déformations du sens de Dieu et de l’homme, de la vérité et de la justice.

La grâce du baptême ne rend pas le baptisé prophète à la manière des prophètes de l’Ancien Testament ou à la manière des prophètes chrétiens. La prophétie des baptisés est une participation à celle du Christ, dont les foules évangéliques étaient impressionnées : « Un grand prophète s’est levé parmi nous. Dieu a visité son peuple ! »

Au baptême nous sommes invités à confesser notre foi. Le baptisé – ou ses représentants, s’il s’agit d’un bébé – est appelé à dire « oui » au Dieu de Jésus-Christ, unique et trois fois saint, et « non » au mal, au péché, et à tout ce qui conduit au mal. On ne peut que se rappeler, à ce moment-là, l’appel du Christ à la détermination et à la force de notre parole : « que votre oui soit un oui, que votre non soit un non ! » Cette confession de foi du baptême est le premier pas de la participation du baptisé à la fonction prophétique du Christ et de l’Église. Et on doit espérer ensuite que, dans l’Église, les baptisés aient le courage de dire « oui » et le courage de dire « non ».

C’est en son numéro 35 que la Constitution Lumen gentium parle de la participation des laïcs à la fonction prophétique du Christ. On y lit ceci : « Le Christ, grand prophète, qui par le témoignage de sa vie et la force de sa parole a proclamé le royaume du Père, accomplit sa fonction prophétique jusqu’à la pleine manifestation de la gloire, non seulement par la hiérarchie qui enseigne en son nom et avec son pouvoir, mais aussi par les laïcs dont il fait pour cela des témoins en les pourvoyant du sens de la foi et de la grâce de la parole afin que brille dans la vie quotidienne familiale et sociale la force de l’Évangile. »

Comme il est heureux de lire, dans ce passage, que le sens de la foi et la grâce de la parole ne sont pas réservés aux ministres ordonnés, mais qu’ils sont accordés à tous les baptisés pour que, chacun, selon sa situation et sa fonction dans l’Église, contribue à la proclamation de l’Évangile dans toute sa force !

Le sens de la foi… Le Père Congar, dès 1953, a contribué à introduire ce concept – qui signifie cette aptitude presque instinctive des croyants à connaître la vérité et à lui rendre témoignage – dans la réflexion sur la participation des laïcs à la fonction prophétique de l’Église. Il souhaitait un dépassement définitif de l’opposition entre l’Église enseignante et l’Église enseignée et décrivait le sens de la foi comme un don du Saint-Esprit « accordé en même temps à la hiérarchie et au corps tout entier des fidèles », dans la ligne de cet extraordinaire désir du prophète Moïse exprimé à l’aube des temps anciens et exaucé au jour de la Pentecôte, à l’aube des temps nouveaux : « Ah ! Si le Seigneur pouvait mettre son esprit sur eux, pour faire de tout son peuple un peuple de prophètes ! » (Livre des Nombres 11, 29).

Quant à la grâce de la parole accordée à l’ensemble des baptisés, c’est pour en recueillir le sens profond et les effets concrets que la CCBF a rejoint l’« Alliance Saint-Dominique » pour créer cet automne un premier parcours d’« École de la prédication ». Ce parcours – qui sera proposé aussi dans les années futures dans plusieurs lieux de France – permettra aux baptisés de mener une réflexion anthropologique et théologique pour bien situer, en Église et dans la Parole de Dieu, leurs prises de parole diverses dans leurs lieux de vie, de travail et de mission ecclésiale et pour ajuster celles-ci afin que l’annonce de l’Évangile à laquelle tous les baptisés sont invités soit plus forte, parce que relevant davantage d’une collaboration plus harmonieuse entre tous les baptisés.

Frère Eric T. de Clermont-Tonnerre, op

Week-end de rentrée CCBF

Vous venez de partir en vacances, ou vous vous apprêtez à le faire,
ou les circonstances font que vous allez plutôt rester chez vous.
Alors nous vous souhaitons un bel été, quelle que soit votre situation.
De toutes façons, il y aura une rentrée et son célèbre week-end.
Pour 2015, la CCBF vous convie à son magnifique week-end de rentrée.
Il aura lieu les samedi 26 et dimanche 27 septembre, dans notre région Ile de France.
Nous vous y invitons cordialement, en particulier pour son après midi du samedi au Centre Sèvres :
“Vox populi, vox Dei” : au synode sur la famille, la voix du peuple sera-t-elle entendue ?
avec 2 intervenants hors normes : Thimoty Radcliffe et Gilles Routhier.
Le bulletin d’inscription est en pièce jointe. Merci de répondre dès maintenant,
d’autant que le programme est cette année allégé (plus de soirée le vendredi ni le samedi).
Cela permettra à Claude Besson de savoir s’il doit préparer 50 ou 500 couverts !

Soutien au pape François

Chers Amis,

Le pape aurait-il donc besoin d’être soutenu ? Eh bien oui, parce qu’’il est attaqué. Son initiative de consulter les fidèles après la première partie du synode de la famille n’’a sans doute pas été assez perçue dans ce qu’’elle a de prophétique. Mais les traditionnalistes de tout poil ne s’’y sont pas trompés et la pétition lancée par le cardinal Burke, traduite en 10 langues, est une contre-offensive qui a déjà recueilli 225 000 signatures.… Pouvons-nous laisser croire que nous avons été insensibles aux efforts de François pour secouer la torpeur des fidèles et la turpitude de certains clercs ? Si nous continuons à nous taire, c’est ainsi que notre silence sera interprété. Je vous propose donc de me rejoindre sur le site pour signer cette pétition où vous trouverez sans mal les noms de gens en qui vous avez confiance.

http://petitionpublique.fr/PeticaoVer.aspx?pi=P2015N47741

Vivre et se reconstruire avec le VIH, dans la foi

Elle ne faisait pas partie des « populations à risque ». C’était simplement une jeune femme amoureuse. Séraphine, 33 ans, a été contaminée par le VIH en 2004. Aujourd’hui institutrice en formation, la jeune femme, qui vit dans les Yvelines, tire les leçons de ce qui a bouleversé sa vie, et de sa foi revivifiée. Témoignage.

« Je viens de recevoir le sacrement de la confirmation. Avant, je ne suis pas sûre que j’aurais eu la force de vous parler. Cela va faire dix ans que je vis avec le VIH. A 23 ans, j’étais comédienne ; je travaillais surtout beaucoup pour la télévision, ce qui était le plus facile mais ne me satisfaisait pas, et j’étais très stressée par mon avenir.

Sur un tournage, j’ai rencontré un homme qui avait quatorze ans de plus que moi, et dont je suis tombée très amoureuse. Il avait eu deux enfants, je savais que c’était un ancien toxicomane, comme on en rencontre beaucoup dans ce milieu. Mais il s’en était sorti notamment grâce au bouddhisme, qu’il m’a fait découvrir, et je n’ai pas voulu en savoir plus. Je me disais qu’il m’aurait forcément parlé s’il y avait eu quelque chose.

Je sais que j’ai été consciente qu’il y avait un risque et que je l’ai occulté. Il y a un moment où j’ai consenti à ce que je pressentais de trouble en me disant quelque chose comme : « De toute façon je l’aime, tant pis pour le reste ». Comment est-ce encore possible à notre époque ? Dans une relation, en réalité, il n’est pas toujours simple de parler de tout cela. Je n’arrive pas à m’expliquer aujourd’hui ce qui est arrivé. J’étais fille de médecin, informée ; auparavant, je demandais à mes partenaires de faire des tests. Il y a une part d’irrationalité.

J’ai eu comme une intuition, et un test m’a appris la nouvelle

Mon compagnon était séropositif ; et il était contaminant, car il refusait de prendre le moindre traitement. Pourtant, il n’avait infecté ni sa précédente compagne ni ses enfants, ce qui est très rare et lui avait sans doute donné confiance. Moi, j’ai attrapé le VIH très rapidement. Après avoir vécu un an avec cet homme et son fils, nous nous sommes finalement séparés, difficilement. C’est à ce moment-là que j’ai eu comme une intuition ; et qu’un test m’a appris la nouvelle.

Je suis tombée dans un gouffre. Mon compagnon a nié être courant ; pendant six mois je n’ai plus su où j’en étais, j’ai pensé l’avoir moi-même contaminé. Quand finalement, j’ai eu confirmation par son ancienne compagne qu’il était malade depuis vingt ans et qu’il m’avait trahie, les choses ont été encore plus violentes. Il avait vu tous ses amis mourir autour de lui et se percevait comme un survivant. Il était dans le déni et ne se soignait pas.

De mon côté, les premiers traitements ont été une horreur à vivre ; trouver ceux qui me convenaient a pris beaucoup de temps, et j’ai continué à avoir des effets secondaires. J’étais seule, j’avais du mal à rencontrer quelqu’un qui admette ma séropositivité. J’avais commencé à pratiquer la méditation dans un centre bouddhiste avec mon compagnon car, tout en ayant été baptisée à l’adolescence, avec une foi vive, j’étais en grande quête spirituelle.

Dans le bouddhisme, j’ai pris conscience de mes limites, de ma vulnérabilité

Je suis alors devenue beaucoup plus assidue, mais ça m’était extrêmement difficile. Sur mon coussin, à faire des exercices, je me retrouvais seule face au fardeau que je portais et c’était insupportable. Alors après la méditation… je priais. En fait, le bouddhisme m’a aidée à retrouver mon identité chrétienne. J’y ai pris conscience de mes limites, de ma vulnérabilité. Que je ne pouvais rien faire sans Dieu.

Je n’acceptais rien de cette histoire ; ni la rupture, ni le mensonge ; j’avais besoin de me réconcilier avec mon ancien compagnon, de comprendre. Il n’y avait rien à comprendre en réalité. Il me fallait tourner une page. Un jour, je l’ai appelé pour lui demander de faire quelque chose pour moi –une prière, espérais-je. On ne pouvait pas en rester là. Libre à lui de saisir cette perche. J’aime à penser qu’il a prié pour moi.

J’avais besoin d’aller vers lui, de lui donner un espace pour revenir sur ce qui s’était passé et réparer. Je voulais faire de même, car moi aussi, j’avais consenti au mal, obscurément. Cet échange a été déterminant pour que je lâche prise, mais cela m’aura pris des années ! Le lendemain, j’apprenais l’existence du protocole expérimental Icare (il est fondé sur la réduction des anti-rétroviraux et concerne une centaine de personnes en France, ndlr). Cela allait changer ma vie au niveau des traitements.

Il était plus doux d’aborder les choses dans la foi chrétienne

Bien sûr aujourd’hui le VIH est toujours là ; il fait partie de mon CV, je dois en tenir compte en permanence. Mais j’ai une vie normale ; un nouveau métier d’institutrice. Je me suis mariée il y a trois ans et nous projetons d’avoir des enfants.

C’est mon mari, hindouiste quant à lui, qui m’a permis de pénétrer à nouveau dans une Église en me renvoyant, à partir de la quête que je manifestais, à ma propre tradition. Je me suis aperçue qu’il était beaucoup plus doux pour moi, d’aborder les choses dans la foi chrétienne. Après avoir cherché toutes ces années si loin de moi, l’évidence se trouvait à deux pas de chez moi !

J’ai la conviction que des expériences aussi néfastes que la mienne peuvent être transformées. J’ai reçu le sacrement des malades et j’ai cheminé vers la confirmation. J’aimerais aussi avoir un lieu pour échanger dans ma paroisse avec des gens atteints du VIH ; je suis sûre qu’il y a une demande, étant donné le nombre que nous sommes, mais elle n’est pas explicitée.

Je veux dire qu’il faut tout faire pour éviter d’être contaminé. Mais que si cela vous arrive, on va vous tirer de là. J’ai été très soutenue par mon entourage, qui ne m’a jamais lâchée quand je hurlais de peur. Je veux faire connaître le protocole médical qui m’a sauvée. Et dire qu’il ne sert à rien de donner des cours de morale. Mais qu’en effet, pour passer le cap, il a fallu pour ma part que je change. Dans mon être. »

Normandie aout 2010 004