Week end de rentrée de la CCBF

Le week-end de rentrée  de la CCBF aura lieu les 1er et 2 octobre 2016 au groupe scolaire La Salle St Nicolas à Issy les Moulineaux.
Deux moments importants vous attendent au cours de ce week-end :
  • le samedi matin, un grand débat sur la stratégie de la CCBF pour les années à venir, ainsi qu’un partage autour de toutes les initiatives des groupes.
  • le samedi après-midi, l’évènement médiatique « Le temps des baptisés – initiatives d’avenir » avec
    • Mgr Albert Rouet, Évêque émérite, et
    • Dominique Quinio, Président des Semaines Sociales

Pour s’inscrire, télécharger le bulletin ci-dessous

Invitation2weCCBF2016

 

L’initiative islamo-chrétienne « Ensemble avec Marie » s’étend à plusieurs villes

13 Cavallini Annunciation  Annunciation 1291 Mosaic Santa Maria in Trastevere, Rome   There are seven representations decorating the triumphal arc and the wall of the apsis. The scenes are the Nativity of the Virgin, Annunciation, Nativity of Christ, Adoration of the Magi, Presentation at the Temple, Death of the Virgin, Donor in Adoration of the Virgin. These mosaics clearly demonstrate the transition from the Byzantine immobility to the style of the 14th century. The Annunciation with its architectural elements and plasticity is a good example of the stylistic changes gradually taking place in the last decades of the 13th century.    ....Web Gallery Of  Art

Source: « La Croix », 17/03/2016, Marie Malzac

Inspirée d’une initiative libanaise, la journée islamo-chrétienne « Ensemble avec Marie », à l’occasion de la fête de l’Annonciation, le 25 mars, en est à sa deuxième édition française. Après une première rencontre en 2015 à Longpont (Essonne), cette journée portée par l’association Efesia aura lieu cette année en plusieurs endroits, y compris à l’étranger, à Bruxelles et en Tunisie.

Réunir chrétiens et musulmans autour de la figure de Marie à l’occasion de la fête de l’Annonciation, citée à la fois dans la Bible et dans le Coran, célébrée le 25 mars. Un an après le succès de la rencontre islamo-chrétienne de Longpont (Essonne) , le 21 mars 2015, l’association Efesia a décidé de renouveler et d’étendre cette initiative.

L’idée est la même : se retrouver dans un climat festif lors d’une rencontre articulée autour de chants, de prières et de témoignages sur cette figure commune aux deux religions.

Pour cette édition 2016, les organisateurs ont décidé d’étendre l’événement à plusieurs endroits, outre la basilique de Longpont, dans l’Essonne (le 2 avril) : la cathédrale de Créteil (le 31 mars), l’église Notre-Dame du Liban de Lyon (le 4 avril) mais aussi la Grande mosquée de Paris (le 28 mai) accueilleront, cette année, cette initiative.

La rencontre ’’Ensemble avec Marie’’ se tiendra également à l’étranger : en Belgique, au collège Saint-Michel de Bruxelles (le 23 avril), mais aussi en Tunisie, à une date à préciser.

« Un mouvement est lancé »

« Un mouvement est lancé, nous voulons poursuivre dans cette dynamique », assure le président d’Efesia, Gérard Testard. Son association, créée en 2014, vise à promouvoir la rencontre avec des personnes et des associations d’autres cultures et religions. « Nous avons élaboré un carnet de route que nous donnerons à toutes les villes qui voudraient accueillir cette initiative, libre à chacun ensuite d’adapter le programme », explique-t-il.

Pour Younès Aberkane, ancien président des scouts musulmans de France et membre de l’équipe organisatrice, de telles rencontres sont particulièrement nécessaires en ces temps de « crise ».

À lire aussi : Prier Marie entre chrétiens et musulmans, l’idée fait son chemin

C’est au Liban que Gérard Testard et les autres membres de l’association ont puisé leur inspiration. En 2007, une grande fête islamo-chrétienne a été organisée le jour de l’Annonciation au collège jésuite Notre-Dame de Jamhour, au Liban, rediffusée en direct par Télé-Lumière et suscitant un vif enthousiasme auprès de centaines de milliers de téléspectateurs. Face à un tel engouement, les organisateurs ont renouvelé chaque année l’expérience et fait la demande au gouvernement de transformer le jour férié chrétien du 25 mars en jour férié islamo-chrétien. Ce fut chose faite en 2010.

« Dimension populaire »

« Souvent, les rencontres interreligieuses sont très institutionnelles, mais ce format a une forte dimension populaire », soutient encore Gérard Testard.

« Nous voulons passer par cette porte d’entrée spirituelle pour nous engager sur des thématiques plus sociales », poursuit-il.

Autre nouveauté : l’événement ’’Ensemble avec Marie’’ est désormais parrainé par une dizaine de personnalités musulmanes et par une dizaine d’autres, chrétiennes.

Dans ce comité de parrainage, on compte ainsi la présence de Ghaleb Bencheik, président de ’’Religion pour la paix’’, Khaled Bentounès, guide spirituel de la Confrérie soufie Alawiyya, ou encore Anouar Kbibech, président du Conseil français du culte musulman, mais aussi le cardinal Philippe Barbarin, archevêque de Lyon, Mgr Michel Dubost, évêque d’Évry et président du Conseil pour les relations interreligieuses, Mgr Maroun-Nasser Gemayel, évêque de l’Éparchie Notre-Dame du Liban de Paris, ainsi que Dominique Quinio, ancienne directrice de la rédaction de La Croix.

Lettre aux baptisé-e-s n°3

Septembre 2015

Frère Eric T. de Clermont-Tonnerre, op

Chers amis,

Nous le savons, le baptême nous « incorpore au Christ », c’est-à-dire que, par le baptême, nous devenons « membres du Christ, prêtre, prophète et roi ». Ces trois fonctions du Christ, auxquelles participe l’ensemble du Peuple de Dieu ne sont pas opposées, ni séparées. D’une manière ou d’une autre, elles doivent s’unir et s’harmoniser dans la personne du croyant, comme d’ailleurs dans l’Église, Corps du Christ.

Toutefois, il est bon, comme le fait d’ailleurs la Constitution sur l’Église Lumen gentium, dans les différents passages où elle traite de ces trois fonctions, de préciser ce que recouvre chacune d’entre elles. Je souhaite, dans cette lettre, réfléchir un instant à la fonction prophétique dont on ne parle pas si souvent, notamment pour ce qui est des baptisés dans leur ensemble.

Nous avons spontanément une idée assez simpliste du prophétisme et des prophètes. Nous imaginons volontiers ceux-ci comme des contestataires de l’institution, de ses représentants, des croyants dans leur ensemble ou de la société au cœur de laquelle ils sont poussés à élever la voix sous l’effet d’un charisme visionnaire personnel. Pour aller dans le sens de cette compréhension, on évoque souvent les grandes figures de la Bible, Moïse, Elie, Isaïe, Jérémie, Jean-Baptiste… et certaines figures de l’histoire de l’Eglise, François d’Assise, Catherine de Sienne, Martin Luther King, Oscar Romero… Certes, ces personnes ont témoigné, dans l’histoire de la Révélation et dans l’Église, de l’audace et du courage de la parole, au mépris de leur réputation et du danger, au mépris de leur propre vie. Mais il ne faudrait pas mettre tout le poids du prophétisme dans la capacité à contester et dans la pertinence de la contestation. Le véritable prophète – tels ceux que nous venons de nommer – est tout autant « attestataire » que « contestataire » ; il est peut-être d’autant plus contestataire qu’il est attestataire. Il met autant de poids dans le « oui » qu’il prononce pour affirmer ce qu’il croit et témoigner de son engagement, que dans le « non » qu’il lui faut dire face au mal et à toutes les déformations du sens de Dieu et de l’homme, de la vérité et de la justice.

La grâce du baptême ne rend pas le baptisé prophète à la manière des prophètes de l’Ancien Testament ou à la manière des prophètes chrétiens. La prophétie des baptisés est une participation à celle du Christ, dont les foules évangéliques étaient impressionnées : « Un grand prophète s’est levé parmi nous. Dieu a visité son peuple ! »

Au baptême nous sommes invités à confesser notre foi. Le baptisé – ou ses représentants, s’il s’agit d’un bébé – est appelé à dire « oui » au Dieu de Jésus-Christ, unique et trois fois saint, et « non » au mal, au péché, et à tout ce qui conduit au mal. On ne peut que se rappeler, à ce moment-là, l’appel du Christ à la détermination et à la force de notre parole : « que votre oui soit un oui, que votre non soit un non ! » Cette confession de foi du baptême est le premier pas de la participation du baptisé à la fonction prophétique du Christ et de l’Église. Et on doit espérer ensuite que, dans l’Église, les baptisés aient le courage de dire « oui » et le courage de dire « non ».

C’est en son numéro 35 que la Constitution Lumen gentium parle de la participation des laïcs à la fonction prophétique du Christ. On y lit ceci : « Le Christ, grand prophète, qui par le témoignage de sa vie et la force de sa parole a proclamé le royaume du Père, accomplit sa fonction prophétique jusqu’à la pleine manifestation de la gloire, non seulement par la hiérarchie qui enseigne en son nom et avec son pouvoir, mais aussi par les laïcs dont il fait pour cela des témoins en les pourvoyant du sens de la foi et de la grâce de la parole afin que brille dans la vie quotidienne familiale et sociale la force de l’Évangile. »

Comme il est heureux de lire, dans ce passage, que le sens de la foi et la grâce de la parole ne sont pas réservés aux ministres ordonnés, mais qu’ils sont accordés à tous les baptisés pour que, chacun, selon sa situation et sa fonction dans l’Église, contribue à la proclamation de l’Évangile dans toute sa force !

Le sens de la foi… Le Père Congar, dès 1953, a contribué à introduire ce concept – qui signifie cette aptitude presque instinctive des croyants à connaître la vérité et à lui rendre témoignage – dans la réflexion sur la participation des laïcs à la fonction prophétique de l’Église. Il souhaitait un dépassement définitif de l’opposition entre l’Église enseignante et l’Église enseignée et décrivait le sens de la foi comme un don du Saint-Esprit « accordé en même temps à la hiérarchie et au corps tout entier des fidèles », dans la ligne de cet extraordinaire désir du prophète Moïse exprimé à l’aube des temps anciens et exaucé au jour de la Pentecôte, à l’aube des temps nouveaux : « Ah ! Si le Seigneur pouvait mettre son esprit sur eux, pour faire de tout son peuple un peuple de prophètes ! » (Livre des Nombres 11, 29).

Quant à la grâce de la parole accordée à l’ensemble des baptisés, c’est pour en recueillir le sens profond et les effets concrets que la CCBF a rejoint l’« Alliance Saint-Dominique » pour créer cet automne un premier parcours d’« École de la prédication ». Ce parcours – qui sera proposé aussi dans les années futures dans plusieurs lieux de France – permettra aux baptisés de mener une réflexion anthropologique et théologique pour bien situer, en Église et dans la Parole de Dieu, leurs prises de parole diverses dans leurs lieux de vie, de travail et de mission ecclésiale et pour ajuster celles-ci afin que l’annonce de l’Évangile à laquelle tous les baptisés sont invités soit plus forte, parce que relevant davantage d’une collaboration plus harmonieuse entre tous les baptisés.

Frère Eric T. de Clermont-Tonnerre, op

Week-end de rentrée CCBF

Vous venez de partir en vacances, ou vous vous apprêtez à le faire,
ou les circonstances font que vous allez plutôt rester chez vous.
Alors nous vous souhaitons un bel été, quelle que soit votre situation.
De toutes façons, il y aura une rentrée et son célèbre week-end.
Pour 2015, la CCBF vous convie à son magnifique week-end de rentrée.
Il aura lieu les samedi 26 et dimanche 27 septembre, dans notre région Ile de France.
Nous vous y invitons cordialement, en particulier pour son après midi du samedi au Centre Sèvres :
“Vox populi, vox Dei” : au synode sur la famille, la voix du peuple sera-t-elle entendue ?
avec 2 intervenants hors normes : Thimoty Radcliffe et Gilles Routhier.
Le bulletin d’inscription est en pièce jointe. Merci de répondre dès maintenant,
d’autant que le programme est cette année allégé (plus de soirée le vendredi ni le samedi).
Cela permettra à Claude Besson de savoir s’il doit préparer 50 ou 500 couverts !

Soutien au pape François

Chers Amis,

Le pape aurait-il donc besoin d’être soutenu ? Eh bien oui, parce qu’’il est attaqué. Son initiative de consulter les fidèles après la première partie du synode de la famille n’’a sans doute pas été assez perçue dans ce qu’’elle a de prophétique. Mais les traditionnalistes de tout poil ne s’’y sont pas trompés et la pétition lancée par le cardinal Burke, traduite en 10 langues, est une contre-offensive qui a déjà recueilli 225 000 signatures.… Pouvons-nous laisser croire que nous avons été insensibles aux efforts de François pour secouer la torpeur des fidèles et la turpitude de certains clercs ? Si nous continuons à nous taire, c’est ainsi que notre silence sera interprété. Je vous propose donc de me rejoindre sur le site pour signer cette pétition où vous trouverez sans mal les noms de gens en qui vous avez confiance.

http://petitionpublique.fr/PeticaoVer.aspx?pi=P2015N47741

Vivre et se reconstruire avec le VIH, dans la foi

Elle ne faisait pas partie des « populations à risque ». C’était simplement une jeune femme amoureuse. Séraphine, 33 ans, a été contaminée par le VIH en 2004. Aujourd’hui institutrice en formation, la jeune femme, qui vit dans les Yvelines, tire les leçons de ce qui a bouleversé sa vie, et de sa foi revivifiée. Témoignage.

« Je viens de recevoir le sacrement de la confirmation. Avant, je ne suis pas sûre que j’aurais eu la force de vous parler. Cela va faire dix ans que je vis avec le VIH. A 23 ans, j’étais comédienne ; je travaillais surtout beaucoup pour la télévision, ce qui était le plus facile mais ne me satisfaisait pas, et j’étais très stressée par mon avenir.

Sur un tournage, j’ai rencontré un homme qui avait quatorze ans de plus que moi, et dont je suis tombée très amoureuse. Il avait eu deux enfants, je savais que c’était un ancien toxicomane, comme on en rencontre beaucoup dans ce milieu. Mais il s’en était sorti notamment grâce au bouddhisme, qu’il m’a fait découvrir, et je n’ai pas voulu en savoir plus. Je me disais qu’il m’aurait forcément parlé s’il y avait eu quelque chose.

Je sais que j’ai été consciente qu’il y avait un risque et que je l’ai occulté. Il y a un moment où j’ai consenti à ce que je pressentais de trouble en me disant quelque chose comme : « De toute façon je l’aime, tant pis pour le reste ». Comment est-ce encore possible à notre époque ? Dans une relation, en réalité, il n’est pas toujours simple de parler de tout cela. Je n’arrive pas à m’expliquer aujourd’hui ce qui est arrivé. J’étais fille de médecin, informée ; auparavant, je demandais à mes partenaires de faire des tests. Il y a une part d’irrationalité.

J’ai eu comme une intuition, et un test m’a appris la nouvelle

Mon compagnon était séropositif ; et il était contaminant, car il refusait de prendre le moindre traitement. Pourtant, il n’avait infecté ni sa précédente compagne ni ses enfants, ce qui est très rare et lui avait sans doute donné confiance. Moi, j’ai attrapé le VIH très rapidement. Après avoir vécu un an avec cet homme et son fils, nous nous sommes finalement séparés, difficilement. C’est à ce moment-là que j’ai eu comme une intuition ; et qu’un test m’a appris la nouvelle.

Je suis tombée dans un gouffre. Mon compagnon a nié être courant ; pendant six mois je n’ai plus su où j’en étais, j’ai pensé l’avoir moi-même contaminé. Quand finalement, j’ai eu confirmation par son ancienne compagne qu’il était malade depuis vingt ans et qu’il m’avait trahie, les choses ont été encore plus violentes. Il avait vu tous ses amis mourir autour de lui et se percevait comme un survivant. Il était dans le déni et ne se soignait pas.

De mon côté, les premiers traitements ont été une horreur à vivre ; trouver ceux qui me convenaient a pris beaucoup de temps, et j’ai continué à avoir des effets secondaires. J’étais seule, j’avais du mal à rencontrer quelqu’un qui admette ma séropositivité. J’avais commencé à pratiquer la méditation dans un centre bouddhiste avec mon compagnon car, tout en ayant été baptisée à l’adolescence, avec une foi vive, j’étais en grande quête spirituelle.

Dans le bouddhisme, j’ai pris conscience de mes limites, de ma vulnérabilité

Je suis alors devenue beaucoup plus assidue, mais ça m’était extrêmement difficile. Sur mon coussin, à faire des exercices, je me retrouvais seule face au fardeau que je portais et c’était insupportable. Alors après la méditation… je priais. En fait, le bouddhisme m’a aidée à retrouver mon identité chrétienne. J’y ai pris conscience de mes limites, de ma vulnérabilité. Que je ne pouvais rien faire sans Dieu.

Je n’acceptais rien de cette histoire ; ni la rupture, ni le mensonge ; j’avais besoin de me réconcilier avec mon ancien compagnon, de comprendre. Il n’y avait rien à comprendre en réalité. Il me fallait tourner une page. Un jour, je l’ai appelé pour lui demander de faire quelque chose pour moi –une prière, espérais-je. On ne pouvait pas en rester là. Libre à lui de saisir cette perche. J’aime à penser qu’il a prié pour moi.

J’avais besoin d’aller vers lui, de lui donner un espace pour revenir sur ce qui s’était passé et réparer. Je voulais faire de même, car moi aussi, j’avais consenti au mal, obscurément. Cet échange a été déterminant pour que je lâche prise, mais cela m’aura pris des années ! Le lendemain, j’apprenais l’existence du protocole expérimental Icare (il est fondé sur la réduction des anti-rétroviraux et concerne une centaine de personnes en France, ndlr). Cela allait changer ma vie au niveau des traitements.

Il était plus doux d’aborder les choses dans la foi chrétienne

Bien sûr aujourd’hui le VIH est toujours là ; il fait partie de mon CV, je dois en tenir compte en permanence. Mais j’ai une vie normale ; un nouveau métier d’institutrice. Je me suis mariée il y a trois ans et nous projetons d’avoir des enfants.

C’est mon mari, hindouiste quant à lui, qui m’a permis de pénétrer à nouveau dans une Église en me renvoyant, à partir de la quête que je manifestais, à ma propre tradition. Je me suis aperçue qu’il était beaucoup plus doux pour moi, d’aborder les choses dans la foi chrétienne. Après avoir cherché toutes ces années si loin de moi, l’évidence se trouvait à deux pas de chez moi !

J’ai la conviction que des expériences aussi néfastes que la mienne peuvent être transformées. J’ai reçu le sacrement des malades et j’ai cheminé vers la confirmation. J’aimerais aussi avoir un lieu pour échanger dans ma paroisse avec des gens atteints du VIH ; je suis sûre qu’il y a une demande, étant donné le nombre que nous sommes, mais elle n’est pas explicitée.

Je veux dire qu’il faut tout faire pour éviter d’être contaminé. Mais que si cela vous arrive, on va vous tirer de là. J’ai été très soutenue par mon entourage, qui ne m’a jamais lâchée quand je hurlais de peur. Je veux faire connaître le protocole médical qui m’a sauvée. Et dire qu’il ne sert à rien de donner des cours de morale. Mais qu’en effet, pour passer le cap, il a fallu pour ma part que je change. Dans mon être. »

Normandie aout 2010 004

Témoignage sur la vie familiale

                         Cher Pape François

Je ne sais pas si cela pourra vous servir mais j’ai le désir de vous envoyer ce témoignage de notre vie familiale car il me semble refléter beaucoup des questions qui se posent aujourd’hui en occident car comme toute famille chrétienne nous vivons au cœur de ce monde et nous avons essayé en tâtonnant et en priant de vivre l’Evangile au jour le jour dans notre quotidien.
Nous prions avec vous et pour vous  pour ce synode, confiants en la puissance douce de l’Esprit-Saint qui saura conduire son Eglise vers de « bons pâturages »

Je suis une mère de famille et une grand-mère. J’écris au nom de notre couple. Nous nous sommes mariés en avril 1965 (nous célébrons prochainement nos noces d’or), à respectivement 24 et 23 ans, heureux de nous aimer et de fonder une famille. Nous étions catholiques pratiquants, issus de familles sociologiquement catholiques pratiquants.

Nous avons eu très vite trois enfants en presque trois ans de mariage. Nous avons réfléchi, nous nous sommes renseignés, nous avons aussi pris conscience de ce que nous désirions : une famille ouverte sur la vie, utile aux autres, et qui pouvait accueillir encore un enfant. Mon mari était ingénieur commercial et moi assistante sociale. Nous avons alors choisi un moyen de contraception qui nous convenait et nous l’avons interrompu pour donner naissance à un quatrième enfant. Nous savions que nous ne suivions pas la loi de l’Église qui avait été rappelée par l’encyclique « Humanae Vitae »,  mais nous avons pensé que l’Église se trompait et chargeait les couples d’un fardeau impossible à porter dans la vie actuelle et qu’elle ne prenait pas en compte la capacité de réflexion et de discernement responsable des couples chrétiens. D’autres sont partis, cela n’a pas été notre cas, nous étions tristes de ne pas être compris, comme si on nous traitait un peu comme des enfants incapables de se conduire, mais fermement attachés à notre foi et au Christ que nous commencions à découvrir, ce qui nous aidait à vivre et à travailler comme à élever nos enfants. Et nous pensions que ce n’était pas très grave, que nous ne pouvions pas faire autrement et qu’un jour peut-être les choses évolueraient.

L’un et l’autre nous avons alors commencé un chemin spirituel de conversion et d’adhésion beaucoup plus forte à la personne du Christ et à l’enseignement de l’Évangile, en paroisse mais aussi dans différents mouvements d’Église. Nous avons vécu 5 ans en Amérique latine, à Caracas puis Mexico, et avons pu rencontrer d’autres réalités d’Église. Nous sommes devenus des chrétiens  essayant de vivre cet Évangile dans notre famille, avec l’éducation des enfants, et travaillant dans la mesure de nos moyens à le faire connaître autour de nous.

Notre vie se partageait entre notre activité professionnelle, l’éducation des enfants, la vie amicale et notre participation assez prenante dans différents lieux d’Église, dont par exemple l’œcuménisme avec beaucoup de rencontres avec les protestants, l’organisation de sessions pour les couples, les jeunes, puis les jeunes retraités….

Aujourd’hui comment se porte notre famille ?  Nous avons un peu plus de 70 ans. Chacun de nos enfants est marié et nous avons 9 petits enfants.

Il me semble que notre petite famille est assez révélatrice de la famille aujourd’hui dans notre société.  L’aînée s’est mariée jeune et a eu, comme nous quatre enfants, son mari est cadre dirigeant dans un groupe international et elle-même, écrit des livres pour enfants, elle s’est beaucoup occupée de catéchèse tout en travaillant à mi- temps dans son diocèse. Quand elle a attendu son premier enfant nous avons eu très peur pour ce bébé qui paraissait malade avant même de naître. Nous nous sommes tous réunis et nous avons supplié le Seigneur  d’aider ce bébé. Finalement le bébé est né normal et nous avons été rassurés. Cela a été un grand moment de foi partagée qui nous a beaucoup unis.  Notre fille  a eu une grave maladie à 38 ans et nous avons tous essayé de l’aider à traverser ces moments difficiles dans la mesure de nos moyens tout en priant pour elle.

Notre seconde fille s’est mariée tard et a épousé un homme divorcé qui avait deux enfants. Ce fut dur pour nous. Nous avons peu à peu appris à aimer notre nouveau gendre et ses deux enfants. C’est un homme qui avait beaucoup souffert, médecin et en recherche de sens à sa vie. Notre fille qui est infirmière poursuit aussi des études de théologie depuis 7 ans à l’Institut Catholique de Paris, son mari y a également suivi des cours de théologie puis au centre Sèvres. Ils ont changé de paroisse parce que, dans la première, ils ne se sentaient pas accueillis mais supportés. Aujourd’hui ils se sentent tout à fait acceptés et aimés dans leur nouvelle paroisse. Mais ils vivent difficilement le fait d’être exclus à vie de l’Eucharistie et du sacrement de réconciliation. Pas plus eux que nous, nous ne comprenons cette intransigeance de l’Église :   Ils s’occupent bien de leurs enfants, les élèvent chrétiennement, ils sont fidèles l’un à l’autre, pourquoi devraient-ils payer toute leur vie une erreur de jeunesse ? Le Christ, il me semble dans l’Évangile, nous montre le Père comme un Dieu de miséricorde, prêt à pardonner chaque fois qu’on revient à Lui. Lors des multiplications des pains, Jésus donne à tout le monde « tous mangèrent et furent rassasiés ». Qu’il y ait un cheminement pour accéder à ces deux sacrements après un divorce je le comprendrais, et eux aussi,  pour qu’on s’assure de la solidité de ce qui se vit aujourd’hui, mais voyez- vous, qu’on ne puisse pas pardonner, cela ne me paraît pas évangélique. Je ne remets pas en cause l’indissolubilité du sacrement du mariage, je comprends qu’on ne redonne pas le sacrement de mariage, par contre je pense qu’il devrait être mieux préparé et donné qu’aux personnes qui, comme pour le baptême, se sont préparées et ont compris ce qu’est profondément ce sacrement, signe de l’immense amour du Père pour l’humanité. Aux autres qui voudraient entrer dans ce cheminement du Sacrement, on proposerait une bénédiction comme une prière pour demander à Dieu la force et tout ce qui est nécessaire pour vivre ce chemin du mariage.

Notre troisième enfant, un garçon, s’est marié à une jeune fille croyante et tous les deux sont très actifs dans leur paroisse pour aider à la formation des fiancés et des jeunes couples (formation Elle et Lui).

Le quatrième a épousé une jeune fille non croyante. Baptisée bébé, elle n’a reçu aucune éducation chrétienne. Après plusieurs réunions avec un prêtre, elle a accepté de recevoir une bénédiction pour leur mariage et nous célébrerons prochainement avec eux le baptême de leur premier enfant. Nous espérons qu’elle pourra s’ouvrir à la foi chrétienne et nous prions, nos enfants, mon mari et moi beaucoup pour elle.

Pour moi, la famille est le creuset où tous ensemble, les uns par les autres, nous apprenons à vivre en relation, nous apprenons à nous soutenir moralement et physiquement, nous apprenons à aimer la vie et à partager. Et le mariage chrétien permet bien davantage : pouvoir s’appuyer sur le Christ et vivre en Lui permet de traverser les épreuves, de recevoir sa force, d’aider ceux qui autour de nous sont en difficulté et de rester joyeux et confiants dans cet immense amour de Dieu.

Je voudrais aussi dire qu’il ne faut pas développer l’annulation de mariage. Les jeunes et moins jeunes n’en veulent pas, ils ne veulent pas effacer (sauf dans des cas exceptionnels) ce qui a été ; eux-mêmes en tiennent compte et essaient de le vivre le mieux possible. Ils assument la vérité de ce qu’ils vivent et veulent être authentiques, c’est une marque de leur génération et je crois que cela mérite le respect.

Je ne sais pas si mon témoignage pourra vous être utile. Il me semble être révélateur d’une partie des familles chrétiennes de France qui sont restées fidèles à la foi, ont essayé de la transmettre et de la communiquer autour d’eux tout en subissant les aléas de la vie moderne.

Je prie avec toute l’Église pour ce synode sur la famille et j’en espère une prise en compte de la vie du monde d’aujourd’hui afin que le message de l’Évangile puisse se répandre largement au cœur des familles réconciliées.

Marie-Françoise de la Chapelle (en union avec Pierre mon mari)