Soutien au pape François

Chers Amis,

Le pape aurait-il donc besoin d’être soutenu ? Eh bien oui, parce qu’’il est attaqué. Son initiative de consulter les fidèles après la première partie du synode de la famille n’’a sans doute pas été assez perçue dans ce qu’’elle a de prophétique. Mais les traditionnalistes de tout poil ne s’’y sont pas trompés et la pétition lancée par le cardinal Burke, traduite en 10 langues, est une contre-offensive qui a déjà recueilli 225 000 signatures.… Pouvons-nous laisser croire que nous avons été insensibles aux efforts de François pour secouer la torpeur des fidèles et la turpitude de certains clercs ? Si nous continuons à nous taire, c’est ainsi que notre silence sera interprété. Je vous propose donc de me rejoindre sur le site pour signer cette pétition où vous trouverez sans mal les noms de gens en qui vous avez confiance.

http://petitionpublique.fr/PeticaoVer.aspx?pi=P2015N47741

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Vivre et se reconstruire avec le VIH, dans la foi

Elle ne faisait pas partie des « populations à risque ». C’était simplement une jeune femme amoureuse. Séraphine, 33 ans, a été contaminée par le VIH en 2004. Aujourd’hui institutrice en formation, la jeune femme, qui vit dans les Yvelines, tire les leçons de ce qui a bouleversé sa vie, et de sa foi revivifiée. Témoignage.

« Je viens de recevoir le sacrement de la confirmation. Avant, je ne suis pas sûre que j’aurais eu la force de vous parler. Cela va faire dix ans que je vis avec le VIH. A 23 ans, j’étais comédienne ; je travaillais surtout beaucoup pour la télévision, ce qui était le plus facile mais ne me satisfaisait pas, et j’étais très stressée par mon avenir.

Sur un tournage, j’ai rencontré un homme qui avait quatorze ans de plus que moi, et dont je suis tombée très amoureuse. Il avait eu deux enfants, je savais que c’était un ancien toxicomane, comme on en rencontre beaucoup dans ce milieu. Mais il s’en était sorti notamment grâce au bouddhisme, qu’il m’a fait découvrir, et je n’ai pas voulu en savoir plus. Je me disais qu’il m’aurait forcément parlé s’il y avait eu quelque chose.

Je sais que j’ai été consciente qu’il y avait un risque et que je l’ai occulté. Il y a un moment où j’ai consenti à ce que je pressentais de trouble en me disant quelque chose comme : « De toute façon je l’aime, tant pis pour le reste ». Comment est-ce encore possible à notre époque ? Dans une relation, en réalité, il n’est pas toujours simple de parler de tout cela. Je n’arrive pas à m’expliquer aujourd’hui ce qui est arrivé. J’étais fille de médecin, informée ; auparavant, je demandais à mes partenaires de faire des tests. Il y a une part d’irrationalité.

J’ai eu comme une intuition, et un test m’a appris la nouvelle

Mon compagnon était séropositif ; et il était contaminant, car il refusait de prendre le moindre traitement. Pourtant, il n’avait infecté ni sa précédente compagne ni ses enfants, ce qui est très rare et lui avait sans doute donné confiance. Moi, j’ai attrapé le VIH très rapidement. Après avoir vécu un an avec cet homme et son fils, nous nous sommes finalement séparés, difficilement. C’est à ce moment-là que j’ai eu comme une intuition ; et qu’un test m’a appris la nouvelle.

Je suis tombée dans un gouffre. Mon compagnon a nié être courant ; pendant six mois je n’ai plus su où j’en étais, j’ai pensé l’avoir moi-même contaminé. Quand finalement, j’ai eu confirmation par son ancienne compagne qu’il était malade depuis vingt ans et qu’il m’avait trahie, les choses ont été encore plus violentes. Il avait vu tous ses amis mourir autour de lui et se percevait comme un survivant. Il était dans le déni et ne se soignait pas.

De mon côté, les premiers traitements ont été une horreur à vivre ; trouver ceux qui me convenaient a pris beaucoup de temps, et j’ai continué à avoir des effets secondaires. J’étais seule, j’avais du mal à rencontrer quelqu’un qui admette ma séropositivité. J’avais commencé à pratiquer la méditation dans un centre bouddhiste avec mon compagnon car, tout en ayant été baptisée à l’adolescence, avec une foi vive, j’étais en grande quête spirituelle.

Dans le bouddhisme, j’ai pris conscience de mes limites, de ma vulnérabilité

Je suis alors devenue beaucoup plus assidue, mais ça m’était extrêmement difficile. Sur mon coussin, à faire des exercices, je me retrouvais seule face au fardeau que je portais et c’était insupportable. Alors après la méditation… je priais. En fait, le bouddhisme m’a aidée à retrouver mon identité chrétienne. J’y ai pris conscience de mes limites, de ma vulnérabilité. Que je ne pouvais rien faire sans Dieu.

Je n’acceptais rien de cette histoire ; ni la rupture, ni le mensonge ; j’avais besoin de me réconcilier avec mon ancien compagnon, de comprendre. Il n’y avait rien à comprendre en réalité. Il me fallait tourner une page. Un jour, je l’ai appelé pour lui demander de faire quelque chose pour moi –une prière, espérais-je. On ne pouvait pas en rester là. Libre à lui de saisir cette perche. J’aime à penser qu’il a prié pour moi.

J’avais besoin d’aller vers lui, de lui donner un espace pour revenir sur ce qui s’était passé et réparer. Je voulais faire de même, car moi aussi, j’avais consenti au mal, obscurément. Cet échange a été déterminant pour que je lâche prise, mais cela m’aura pris des années ! Le lendemain, j’apprenais l’existence du protocole expérimental Icare (il est fondé sur la réduction des anti-rétroviraux et concerne une centaine de personnes en France, ndlr). Cela allait changer ma vie au niveau des traitements.

Il était plus doux d’aborder les choses dans la foi chrétienne

Bien sûr aujourd’hui le VIH est toujours là ; il fait partie de mon CV, je dois en tenir compte en permanence. Mais j’ai une vie normale ; un nouveau métier d’institutrice. Je me suis mariée il y a trois ans et nous projetons d’avoir des enfants.

C’est mon mari, hindouiste quant à lui, qui m’a permis de pénétrer à nouveau dans une Église en me renvoyant, à partir de la quête que je manifestais, à ma propre tradition. Je me suis aperçue qu’il était beaucoup plus doux pour moi, d’aborder les choses dans la foi chrétienne. Après avoir cherché toutes ces années si loin de moi, l’évidence se trouvait à deux pas de chez moi !

J’ai la conviction que des expériences aussi néfastes que la mienne peuvent être transformées. J’ai reçu le sacrement des malades et j’ai cheminé vers la confirmation. J’aimerais aussi avoir un lieu pour échanger dans ma paroisse avec des gens atteints du VIH ; je suis sûre qu’il y a une demande, étant donné le nombre que nous sommes, mais elle n’est pas explicitée.

Je veux dire qu’il faut tout faire pour éviter d’être contaminé. Mais que si cela vous arrive, on va vous tirer de là. J’ai été très soutenue par mon entourage, qui ne m’a jamais lâchée quand je hurlais de peur. Je veux faire connaître le protocole médical qui m’a sauvée. Et dire qu’il ne sert à rien de donner des cours de morale. Mais qu’en effet, pour passer le cap, il a fallu pour ma part que je change. Dans mon être. »

Normandie aout 2010 004